Joan Fontcuberta à la Maison européenne de la photographie

 

Un parcours initiatique semé d’embûches invisibles, voila ce que propose la MEP. Le visiteur y apprend l’existence de fossiles d’hydropithèque, créature mi-animal, mi-humain dont le squelette se termine par une queue de poisson, il découvre l’épopée spatiale du cosmonaute Ivan Istochnikov, mène l’enquête sur une communauté de moines orthodoxes finlandais puis, coup d’éclat final, perd ses repères en histoire de l’art lorsqu’il comprend l’impact considérable de la photographie dans l’œuvre de Picasso, Miro, Tapies et Dali. Après ce voyage suspect dont il ne comprend ni l’unité ni le sens, il n’a toujours pas trouvé la salle consacrée à l’œuvre de Joan Fontcuberta… Et là, tout à coup, tout se rassemble, s’éclaire et prend sens : maître illusionniste, l’artiste l’a trompé. Le visiteur, dupé, se reproche sa naïveté, toute excusée par la qualité de l’œuvre de Fontcuberta. Véritable roman d’apprentissage dont nous sommes les héros et les victimes, l’exposition Camouflages nous apprend à nos dépends à nous méfier de l’image photographique. Photographe, théoricien, critique, professeur et historien, l’artiste espagnol questionne la vérité. A travers la manipulation de l’image photographique, il nous entraîne dans une réalité inventée qui paraît néanmoins vraisemblable.Ainsi, l’hypothèse de l’existence de l’hydropithèque est étayée par des traces d’ossements sur le site, des interviews de spécialistes, des études scientifiques… Nous sommes alors tentés, comme Ulysse, d’écouter le chant de ces sirènes préhistoriques. Sa capacité de fabulation et l’aisance avec laquelle l’artiste nous manipule soulèvent finalement cette question : dans quelle mesure faut-il croire à la vérité proférée par les savants, la religion, les médias et les politiques ? Ainsi, si Fontcuberta s’amuse et nous amuse, son but est de susciter une prise de conscience chez le spectateur :  "Il faut douter de ce que disent les institutions qui peuvent avoir le monopole du discours (…) La science ne représente que des vérités provisoires, ce n’est qu’une façon de nous raconter la réalité".
Retour au doute cartésien, encore et toujours d'actualité !

 

Camouflages, Joan Fontcuberta, du 15 janvier au 16 mars 2014, Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris, métro : Saint-Paul.

 

 

Texte : Anna Bogdanoff